Théo-Mario Coppola

Rose ici, vert là-bas

« Rose ici, vert là-bas » célèbre les couleurs du vivant, mais avec en toile de fond l’angoisse de la disparition des paysages dont il fait l’inventaire. Car désormais, la contemplation romantique de la nature s’accompagne de l’effroi écologique : demain ce que nous admirons aura disparu. Au moment où nous le voyons, le paysage est un évanouissement, une relique, l’indice de ce qui a été, déjà un souvenir. C’est cette histoire de fantômes que raconte Olivier Aubry, fasciné par le territoire Japonais en ce qu’il représente une humble fragilité frappée par les catastrophes naturelles et humaines les plus extrêmes.

Peintre et performer, il parcourt ce pays en géographe pressé : il y a urgence. A l’enjeu écologique, il répond par l’économie de moyens ; face à la disparition des lieux, son protocole d’action court contre la montre : plutôt que se déplacer, Olivier Aubry préfère les promenades sur Google Earth de Tomomi Yano, son assistante japonaise. Au hasard des vues décrites, l’artiste traduit la dictée en croquis cartographiques rapides, et, depuis ces notes visuelles, peint des instantanés sous forme de monochromes intenses. Ceux-ci sont issus de la superposition d’épaisses couches de couleur accumulées aussi longtemps que la fraîcheur de l’huile permettra d’y tracer un sillon, comme une écriture graphique dans la matière colorée, sans repentir possible.

La maîtrise picturale associée à la rapidité d’action créent ici une qualité singulière : capturer l’urgence et la doter d’une profondeur. Charger la toile de mémoire avant la perte, bercer de lumière l’ombre des fantômes, se nourrir de la beauté en conscience de sa disparition. C’est le rôle de la couleur, reine dans cette œuvre : diffuser une charge émotionnelle pure, la preuve de la capacité d’émerveillement de l’artiste et une invitation à réveiller la nôtre.

Ainsi, « Rose ici, vert là-bas » est une élégance dans le désespoir. L’affirmation que tout n’est pas perdu quand bien même tout disparaît, et que c’est notre capacité d’émerveillement qui, peut-être, sauvera le monde de l’homme et l’homme de lui-même.

Thierry Dupas

Pink hither, green yonder

The «Pink hither, green yonder» exhibit celebrates the colours of life, yet in the background shows the harrowing disappearance of the landscapes it inventories. For the romantic contemplation of nature now goes hand in hand with environmental dread: everything we are admiring today will have vanished tomorrow. As we are observing landscapes, they are already vanishing, leaving a relic, a hint, a memory of what once was. Olivier Aubry tells a ghost story, fascinated as he is by the humble and fragile Japanese territory, stricken by the most severe natural and human disasters.

Both a painter and a performer, he travels across this country like a rushed geographer: there is urgency. He addresses the environmental issue with an economy of means. While locations are disappearing, his protocol of action races against the clock: instead of actually travelling to Japan, Olivier Aubry prefers his assistant Tomomi Yano’s promenades on Google Earth. The artist translates her verbal descriptions of randomly picked locations into quick sketches and then using these visual notes, creates intensely coloured monochrome paintings. Thick layers of colours are superimposed as long as it is possible to trace a groove in the the fresh oil paint, like a graphic script in the coloured material, with no room for error.

The mastery of painting associated with speed of action creates a unique outcome: capturing the urgency and endowing it with depth. Transcribing memory into the canvas before its loss, cradling with light the shadows of ghosts, feeding oneself with beauty knowing that it will disappear. Colour is the key element of these works : creating a pure emotional charge, expressing the artist’s capacity for wonder while awakening ours.

Thus, «Pink hither, green yonder» shows elegance in despair. It testifies that all is not lost even though everything vanishes and implies that our capacity for wonder may perhaps save the world from mankind and mankind from themself.

Thierry Dupas







Laurent Boudier. Etat des lieux. Télérama 2018 / Thierry Dupas. Etat des lieux. Catalogue 2018 / Susann Scholl. (galerie Von&Von). 2016/ Arts Magazine. 2015/ Françoise Objois. On the air. Sortir. 2010/ Jérôme Dubuisson. Arts Magazine. 2009/ Mickael Grabarczyk. Sens dessus/dessous. (galerie S.Kinge). 2009/ Emilie Ovaere. (exposition galerie Suty). 2006/  Thierry Dupas. Images fantômes. (exposition galerie Storme). 2006/ Françoise objois. Champ – contrechamp. Sortir. 2006/ Laurent Boudier. Présences absences réglables. Télérama. 2005/ Bruno Duborgel. Prendre la nature au miroir du mur. Catalogue 2004/ Lucie Goujard. On a choisi Rubens. Catalogue Lille 2004 / Marie Thérèse Hernandez. Ecritures de larmes. Catalogue 2001/ Olivier Céna. Couverture de Télérama. 1999/ Francoise Objois. Un rien de bonheur. Sortir. 1997/ Olivier Céna. Le poids de la légèreté. Télérama. 1997/ Bruno Gaudichon. La comptine de la couleur et du motif. Catalogue 1997.